Ingénieuse.chLa technique, un défi au féminin

Trois étudiantes dans une équipe qui défie l’excellence en technologie spatiale

L’équipe du projet Axial Retention Experiment for PMD Sponges (ARES II) destiné à intégrer un programme de l’European Space Agency (ESA) est composée de 10 étudiant-e-s du domaine Ingénierie et Architecture de la HES-SO, dont environ un tiers sont des jeunes femmes. Ce taux est remarquablement plus élevé que la moyenne féminine dans les filières d’études concernées. Tant dans la filière Microtechnique que dans celle de Génie électrique, les étudiantes sont sous-représentées en formant moins de 9% de la population estudiantine. Même si leur présence est encore trop rare, ces filles visent l’excellence !

Trois participantes des équipes HES-SO, Aurélie, Caroline et Gaëlle, se sont récemment déplacées à Lausanne, à mi-chemin entre Fribourg et Genève où elles étudient respectivement à la Haute Ecole d’ingénierie et d’architecture (HEIA-FR) et à la Haute école du paysage, d’ingénierie et d’architecture (hepia) pour nous parler de ce projet. ARES II a été sélectionné pour participer au programme REXUS/BEXUS 23-24 (Rocket and Balloon Experiments for University Students).

Le programme REXUS/BEXUS est réalisé dans le cadre d'un accord bilatéral entre le Centre Aérospatial Allemand (DLR) et le Comité National Suédois de l'Espace (SNSB). L'accès à la partie suédoise de la charge payante a été rendue accessible aux étudiants d'autres pays européens au travers d'une collaboration avec l'Agence Spatiale Européenne (ESA). Ce programme permet à des équipes formées dans des Hautes écoles à travers l’Europe d’effectuer des expériences scientifiques et techniques sur des fusées et des ballons de recherche. Il représente une occasion unique pour les étudiant-e-s sélectionné-e-s de voir leur travail se réaliser en intégrant une vraie fusée qui sera lancée grâce à EuroLaunch, une coopération entre le Centre Spatial d'Esrange de la Corporation Spatiale Suédoise (SSC) et la Base de Fusée Mobile (MORABA) du DLR. Des experts de l'ESA, de la SSC et du DLR fournissent un support technique aux équipes d'étudiants tout au long du projet. Seulement 10 projets REXUS ont été retenus dans toute l’Europe et ARES II est le seul projet suisse sélectionné.

A Fribourg, Gaëlle, en dernière année d’études de Bachelor, a déjà eu l’opportunité de travailler sur des projets spatiaux (elle a eu en effet un projet de semestre dans le cadre du programme d’ExoMars). Sa collègue de classe, Caroline, qui n’avait jamais eu l’occasion d’approcher ce domaine trouve très intéressant de participer à un programme de l’ESA et de s’y impliquer de A à Z, c’est-à-dire de la conception théorique à la réalisation concrète. A Genève, Aurélie et son collègue Philipp  se motivent à relever ce défi même s’ils ne sont qu’en  2ème année.

ARES II s’intéresse au comportement des dispositifs de gestion du combustible des fusées (propergol) en condition de microgravité, en analysant leurs capacités à diriger le liquide lors de manœuvres. Bien que travaillant sur le même projet, dont la phase de conception est en cours,  Caroline et Gaëlle n’avaient auparavant pas encore eu l’occasion de rencontrer personnellement Aurélie. Elles nous racontent qu’ ARES II a été conçu initialement par une équipe d’étudiant-e-s du domaine Ingénierie et Architecture. Les trois candidates ont suivi les séances d’information dans leurs hautes écoles respectives et intéressées par le projet, ont décidé de postuler pour participer à cette aventure.

Au cours du projet, différentes équipes se mettent en place et chaque membre a un rôle et des responsabilités bien définis. Tandis que les étudiants de Master prennent en charge la partie matériel (hardware), Caroline et Gaëlle s’occupent de la partie logiciel (software). Le payload de la fusée intègre quatre systèmes de détection indépendants permettant le monitoring de la distribution du fluide et de sa dynamique dans le réservoir durant les différentes phases du vol. Le logiciel gère et synchronise les quatre groupes de senseurs (caméras, accéléromètre, gyroscope et capteurs de température), contrôle le moteur et s’occupe des communications. Aurélie et Philipp s’occupent de la simulation des signaux. Aurélie nous explique que le challenge pour ce type de mission est qu’une fois que la fusée est construite et scellée, plus rien n’est modifiable. Il est donc primordial de simuler en amont les conditions et les contraintes avec lesquelles les dispositifs devront fonctionner ainsi que l’éventail des signaux à détecter. Pour réduire au minimum les risques d’échec,  il faut comprendre et connaître les signaux électriques convertis par les dispositifs de mesure qui gèrent le monitoring du  propergol.

La recherche spatiale fait souvent rêver et les technologies à la base des missions demandent beaucoup d’investissement d’énergie et de connaissance. A notre question: comment leur entourage perçoit leur participation à ce projet, Aurélie nous raconte que ses parents et son copain ne comprennent pas forcément les détails de ce qu’elle fait mais sont très contents pour elle. De plus, elle souligne le soutien de son entourage pour l’encourager à poursuivre ses études en microtechnologie. Caroline rejoint Aurélie en confirmant que « tout le monde trouve ARES II intéressant, même si le projet est un peu difficile à comprendre pour quelqu’un qui ne connait pas forcément tous les termes techniques. » Enfin, Gaëlle ajoute que les gens se réjouissent pour elle, surtout sa sœur qui suit toutes les étapes sur les réseaux sociaux.

Enfin, même si le projet vient de commencer, nous avons voulu savoir quels aspects Aurélie, Caroline et Gaëlle apprécient le plus dans leur travail. Elles concordent rapidement pour évoquer trois aspects principaux : la bonne entente avec les membres de l’équipe et l’indépendance dans le travail et la dimension internationale du programme.  Caroline et Gaëlle nous racontent leur voyage à Oberpfaffenhofen pour participer à la « Training Week ». Au total 6 étudiant-e-s d’ARES II ont pu participer à cette rencontre avec d’autres étudiant-e-s, chercheur-e-s et expert-e-s des différentes agences spatiales présentes dans le programme. L’objectif de cette semaine était de présenter les esquisses des projets. Pour elles, ce voyage s’est avéré être important tant du point de vue professionnel qu’humain. Elles notent par ailleurs que même si tous les membres des différentes équipes sont invités à suivre le lancement de la fusée en direct en Suède prévu pour mars 2018, elles ne sont pas encore sûres de pouvoir y participer. Leurs agendas chargés entre leurs projets d’études et leurs futures entrées dans le monde professionnel ne le leur permettront peut-être pas : la date du lancement de la fusée étant dépendante de conditions météorologiques favorables, il se pourrait que l’attente sur place se monte à plusieurs jours voir plusieurs semaines. La situation est différente pour Aurélie qui sera encore à hepia.  Elle espère vivement pouvoir observer en direct les efforts de l’équipe couronnés de succès en Suède !

C’est avec plaisir que nous constatons qu’au-delà de difficultés pour une femme de s’intégrer dans un milieu où les stéréotypes et les obstacles sont toujours présents, ces étudiantes ne se découragent pas et choisissent de participer à des projets de grande envergure. Nous apprécions aussi le fait qu’ARES II - au-delà des défis techniques - offre différentes facettes importantes dans la formation, à savoir travailler dans une équipe polyvalente, trouver les fonds nécessaires pour financer le projet et apprendre à communiquer sur des sujets complexes. Tous ces aspects aideront ces futures ingénieures (et ingénieurs) dans leur carrière professionnelle.

Nous vous invitons à venir suivre le développement d’ARES II sur sa page Facebook et son Site Web !

 ARES II    

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